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Le Banc de l'École

Spectacle en hommage à Tadeusz Kantor

Maire-Claire Calmus, Émancipation, 20 juin 2015

Le principe de la mise en scène est le même [que celui du Cri d'Yvonne] : pratiquement pas de mots, sinon ceux de formules répétitives émises par un personnage et repris par les autres.

Les costumes sont essentiellement noirs, avec la tache de quelques fleurs énormes soulignant par leur exubérance la détresse de l'ensemble.

Le jeu des comédiens danseurs est celui de marionnettes fragiles, glissant magiquement sur le plateau en une précipitation de pas invisibles.

C'est de la mort qu'il s'agit. Dans le décor minimaliste d'une salle de classe dont le maître est figé à son bureau sur le devant de la scène, se contentant de faire de temps à autre le tour rapide et circonspect de sa classe, avec la même démarche d'automate.

Une plongée tragique dans l'enfance ; puis, à la faveur d'un débarquement de la troupe avec diverses valises qui deviendront accessoires dans une séquence dansée, une sorte d'évocation de la déportation.

Le maître finira par tuer chacun de ses élèves en leur ôtant une à une les chaises où ils se tiennent, et en aidant à s'écrouler l'ultime réticent-résistant... assis dans le vide.

Nulle rémission : la mort cette fois a triomphé.

Peut-on lire dans cette fable lugubre le rappel -et la menace survivante- du fascisme ?

Ces deux spectacles sont soutenus par une très belle musique de création, celle de Mathieu Vonin, baroque ou romantique selon les phases du déroulement, et qui participe, avec l'inventivité de la chorégraphie, à notre enchantement.

Le Banc de l'École

Martine Piazzon, Froggy's Delight, juin 2015


Spectacle conçu et mis en scène par Elizabeth Czerczuk, avec Zbigniew Rola, Agnieszka Grzybowska, Derwinn Green, Julien Villacampa Boya Saura, Hélène Hazaël, Grzegorz Onyszkiewicz, Barbara Medynska-Orzelowska, Ewa Barton et Chantal Pavese.

2015 marque le centenaire de la naissance de Tadeusz Kantor, une des figures-phare de l'âge d'or du théâtre polonais, peintre, écrivain, metteur en scène et théoricien radical du théâtre.

Formé initialement à la peinture et à la scénographie, il signe un théâtre plasticien, influencé par le constructivisme, le dadaïsme, le surréalisme et la quête de la forme pure, qui ne se veut pas la reproduction du réel mais en appelle à un autre regard sur le monde pour constituer un théâtre qu'il qualifie de "théâtre de la mort" fondé sur l'expression du souvenir, du vide et du néant, qui serait une oeuvre d'art en mouvement.

Né dans un siècle de guerre et de mort, Kantor porte également en lui la douleur vive du peuple de Pologne dont l'Histoire contemporaine est celle d'une terre envahie, occupée, annexée, dépecée puis intégrée de force au bloc soviétique.

En marge des grandes messes commémoratives institutionnelles, dans un lieu plus confidentiel, celui de son Théâtre-Laboratoire, Elizabeth Czerczuk, comédienne et metteuse en scène formée dans sa Pologne natale, a conçu non pas un spectacle "in memoriam" mais un hommage à l'une de ses figures tutélaires.

Intitulé "Le banc de l'école", il s'entend comme un préquel à "La classe morte", opus majeur de Tadeusz Kantor monté en 1977 et devenu mythique, qui présente une macabre sarabande du souvenir au sein d'une modeste et rudimentaire salle de classe désaffectée dans laquelle, dans une superposition des espaces spatio-temporels, trottinent, tels des automates, des vieillards dotés d'un attribut personnel signifiant, et portant tous sur le dos la dépouille de l'enfant qu'ils furent.

Elizabeth Czerczuk y décline, entre autres et avec sagacité, les fondamentaux kantoriens que sont l'association corps-objet, présente dès les années 1940 dans les peintures de Kantor, la figure du voyageur naufragé dans l'espace temps avec sa valise-bouée contenant des fragments de vie rescapés et le mouvement continuel poavec de brusques immobilités telles un arrêt sur image.

Sur scène, sous les lumières crépusculaires de Sharron Printz et accompagnés des compositions musicales de Matthieu Vonin, la troupe menée par Elizabeth Czerczuk convoque, avec un jeu émérite, les équivoques et fantomatiques personnages kantoriens, toujours dans leur attitudes psychotiques et compulsives, mais dans un entre-deux âges, alors que "leur" enfant ne les a pas encore tous vampirisé.

Nombre de témoignages d'époque évoquent la composante hypnotique des spectacles de Tadeusz Kantor. Celle-ci est ici présente, comme dans tous les spectacles inscrits dans ce registre de non-théâtre, que signe Elizabeth Czerczuk qui laissent une trace sensible et "métaphysique". Et ce bienvenu et fervent hommage est à découvrir absolument.

Le Banc de l'École

Quelque chose de nous  - 10/10
Sont-ils nostalgiques ? Morts ? Ou plutôt revenant là où ils étaient vivants ? Et cette belle femme, criant, implorant, aimant amante si touchante. Est-elle morte de cette amour ? Y revient-elle ? Avec ce bouquet de fleurs comme une éternelle offrande. Personnages maladroits si touchants, si proches puisque revenant de nos lointains. Là où les choses sont restées enfouies. Avec ce bel engagement de toutes et tous dont on ne sait plus qui est public, comédiennes et comédiens où on se confond. Avec toujours ces éclairages cette musique qui ne peuvent que susciter émotion, vertige. A voir pour cette expérience théâtrale hors du commun.
Michel metteur en scène (BIXENT), BilletRéduc, 19 juin 2015

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